L’histoire publique : faire de l’histoire autrement
Une discipline encore récente… mais déjà essentielle
Aujourd’hui, l’histoire est partout : dans les musées, les podcasts, les séries, les festivals ou encore les espaces numériques.
Mais une question demeure : qui produit l’histoire — et pour qui ?
C’est dans cet espace que s’inscrit l’histoire publique.
L’expression “public history” est utilisée, semble-t-il, pour la première fois aux Etats-Unis, notamment sous l’impulsion de l’historien Robert Kelley (Université de Californie). Cependant le terme d’Histoire publique (Public history) date des années 1970 et désigne une manière de faire de l’histoire en dehors du cadre strictement universitaire.
Définir l’histoire publique : une tension productive
L’histoire publique reste difficile à définir de manière stricte. Elle se situe à la croisée de plusieurs logiques :
recherche scientifique
diffusion des savoirs
pratiques professionnelles
médiation culturelle
Elle appartient pleinement au champ historique, dans la mesure où elle participe à la production et à la transmission des savoirs.
Mais elle transforme profondément les cadres dans lesquels ces savoirs sont élaborés.
Sortir de l’université : une double origine
L’émergence de l’histoire publique s’inscrit dans un contexte particulier.
En effet, dans les Universités américaines, les jeunes diplômés d’Histoire font face à une crise du marché académiques, les poussant à explorer d’autres débouchés. Et enfin, il y’a une véritable demande sociale qui invite à repenser la présence de l’histoire dans l’espace public.
L’histoire ne se limite plus à l’université : elle circule, se transforme et s’approprie dans d’autres espaces et sera souvent synonyme d’histoire appliquée (applied history).
Des pratiques multiples, au croisement des disciplines
Aujourd’hui, l’histoire publique recouvre une grande diversité de pratiques :
conseil historique
conception d’expositions
production de contenus (podcasts, documentaires, vidéos)
médiation culturelle
projets associatifs
Elle est parfois rapprochée de l’histoire appliquée, mais elle dépasse largement cette définition.
Une discipline structurée à l’échelle internationale
Depuis les années 1980, afin d’assurer un renouvellement continu de cette discipline mouvante, le Conseil International d’Histoire publique assure la réunion d’enseignants-chercheurs ainsi que de professionnels de divers secteurs. Autour de tables-ronde, des acteurs du monde de la culture, des spécialistes des supports médiatiques de diffusion de l’histoire, des youtubeurs, des bloggeurs et tout personne porteuse d’initiatives innovantes vont discuter autour des problématiques de la communication des savoirs historiques. Le prochain conseil se réunira à Providence dans le Rhode Island en septembre 2026.
En France : une reconnaissance encore récente
En France, l’histoire publique s’est développée plus tardivement.
Il faut attendre 2015 pour voir l’ouverture d’un master dédié à l’Université de Créteil. Cette reconnaissance reste encore prudente, mais les pratiques, elles, sont bien présentes. Malgré la tenue d’un séminaire - en 1983 - intitulé “l’Histoire du temps présent et ses usages : recherche fondamentale et histoire appliquée” de Françoise Bédarida à l’Institut du Temps Présent faisant suite à un colloque organisé en 1982 à Rotterdam.
Une présence croissante dans l’espace public
Aujourd’hui, de nombreux historien·nes investissent des formats destinés au grand public.
On le voit à travers :
émissions et séries historiques
podcasts
festivals
projets associatifs
productions artistiques
Par exemple, nous avons la série Quand l’histoire fait date sur Arte animé par Patrick Boucheron ou bien Parole d’Histoire, un podcast de André Loez. D’autres initiatives d’histoire publique sont présentes sur Youtube, comme la chaîne de Nota Bene. Il y a aussi les festivals comme Les Rendes-vous de l’Histoire de Blois ou bien le festival Histoire à venir à Toulouse qui sont - à eux-deux - de formidables lieux de diffusions et de partage du savoir historique et des ses actualités.
Une pratique traversée par des tensions
L’histoire publique n’échappe pas aux critiques.
Certain·es y voient :
une dépendance accrue aux attentes du public
une influence des logiques de financement
une possible marchandisation du savoir historique
Pourtant, l’histoire reste une pratique sociale, profondément liée à ses publics qui en sont le levier principal de diffusion.
Repenser le rôle de l’historien·ne
L’histoire publique transforme la position de l’historien·ne.
Il ou elle devient :
un·e médiateur·ice
un·e collaborateur·ice
un·e passeur·se de savoirs
Cette évolution ne signifie pas un abandon de la rigueur scientifique, mais son adaptation à des contextes variés.
Faire de l’histoire autrement : un enjeu aujourd’hui
L’histoire publique ne doit plus être considérée comme une pratique marginale.
Elle constitue aujourd’hui une manière essentielle de :
produire du savoir
le transmettre
le mettre en débat
Dans un contexte où le passé est omniprésent, elle permet d’interroger les récits et leurs usages.
Ma démarche
Mon travail s’inscrit dans cette perspective.
Je m’intéresse à la manière dont l’histoire est :
racontée
transmise
mise en scène
en particulier autour des enjeux de mémoire, de représentations et de décentrement.
L’histoire publique n’est pas seulement un champ de recherche.
C’est une manière de faire de l’histoire, au contact du monde social.
Quelques références pour approfondir les enjeux de l’histoire publique :
CAUVIN Thomas, “Qu’est-ce que l’histoire publique”, Entre-temps, 8 novembre 2022, en ligne, consulté le 24 mars 2026
Laurence De Cock et Mathilde Larrère, Les Détricoteuses, Médiapart, émission vidéo, en ligne, consulté le 21 mars 2026.
LOEZ André, “Faire entendre l’histoire, hors de la tour d’ivoire” Aggiornamento hist-geo, 23 juin 2018, en ligne, consulté le 22 mars 2026.
MULIN Mélina, L’histoire publique et le musée: enjeux professionnels d’un concept hybride entre histoire et communication appliqué à l’exposition Nous et les autres: des préjugés au racisme, mémoire de master professionnel, Université Paris-Sorbonne, 2017, en ligne, consulté le 20 mars 2024.
ROUSSO Henri, “L’histoire appliquée ou les historiens thaumaturges”, Vingtième Siècle, Revue d’histoire, n°1, 1984, p.105-122, en ligne (Persée), consulté le 24 mars 2026.